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Etudes
Suivi de la Zone Marine Protégée de Carry le Rouet.

BIOMEX : Un important programme européen sur la réserve de Carry-le-Rouet

La réserve marine de Carry-le-Rouet a été sélectionnée avec la réserve de Cerbères-Banyuls et quatre autres réserves espagnoles, comme l’un des points d’appui du programme européen BIOMEX.
Ces 6 réserves ont fait l’objet de nombreuses études et sont bien connues des scientifiques.
Ce programme a pour objectif d’aller au-delà des études précédentes qui sont toutes concordantes sur “l’effet-réserve” (augmentation dans les réserves des densités, des tailles moyennes individuelles des poissons, meilleure probabilité de rencontre d’espèces rares ou recherchées, répartition plus homogène des peuplements,...).
Il s’agit cette fois de tenter d’évaluer “l’exportation de biomasse” des réserves, c’est-à-dire les effets sur les peuplements de poissons que les réserves génèrent autour d’elles.
Cette étude est organisée et réalisée localement par le GIS-Posidonie, laboratoire rattaché à la Faculté des Sciences de Luminy à Marseille.
Plusieurs travaux sont prévus de façon coordonnée dans et autour des 6 réserves:

      • des comptages visuels des peuplements de poissons en plongée,
      • des traits de filet à plancton et la pose de capteurs de larves de poissons,
      • des pêches expérimentales en dehors de la réserve,
      • des enquêtes sur l’effort de pêche professionnelle et amateur autour de la réserve.

Après les études menées par le Parc Marin de la Côte Bleue sur la réserve marine du Cap-Couronne, où la collaboration avec les pêcheurs professionnels du quartier de Martigues avait permis l’acquisition de résultats particulièrement intéressants, ce programme européen devrait permettre d’accéder à des connaissances supplémentaires sur les impacts de la réserve de Carry-le-Rouet qui est beaucoup plus ancienne.

Pour mener à bien cette étude, une collaboration avec les pêcheurs professionnels et plaisanciers de la Côte Bleue est également nécessaire, et celle-ci a pu se mettre en place à la suite d’une réunion tenue salle Canepa le 18 avril.
Les relevés de terrains vont se dérouler pendant 2 ans, jusqu’en 2004, et des présentations publiques des résultats seront organisées, afin que les usagers aient un retour sur les informations qu’ils auront données aux étudiants et chercheurs.




Suivi des peuplement halieutiques de la réserve de Carry-le-Rouet

L'effet réserve est la répercussion sur les peuplements de la mise en réserve d'une zone et donc de l'arrêt des activités de pêche.

Faisant suite à un ensemble d'études plus ou moins ponctuelles, une étude systématique de l'effet réserve est réalisée depuis 1990, sous la direction du professeur J.G. HARMELIN de la station Marine d'Endoume (HARMELIN & BACHET 1993, HARMELIN et al, 1995, HARMELIN, 1999).

Cette étude a été axée sur le peuplement ichtyologique, qui est le plus représentatif et le plus sensible aux actions de prédation humaine. Le suivi est effectué in situ, par comptage en plongée en scaphandre autonome, du peuplement présent sur des transects permanents. Un site est ainsi balisé à l'intérieur de la réserve sur des fonds de 10 à 14 mètres, et un site présentant les mêmes caractéristiques de profondeur, d'exposition et de physiographie, à l'extérieur de la réserve.

Cette étude démontre sans équivoque que l'arrêt de la pêche se traduit après un temps relativement bref par :

  • Une diversité du peuplement (nombre d'espèces inventoriées) globalement équivalente sur les 2 sites, bien que recouvrant des différences notables au niveau de la régularité de présence dans la réserve d'espèces rares ou recherchées;
  • Des abondances globales plus importantes dans le site protégé, sauf au niveau des espèces grégaires de pleine eau planctonophages comme les athérines ou les castagnole, peu sensibles à la prédation humaine sur le site hors-réserve.
  • Une structure trophique du peuplement orientée dans la réserve vers une plus grande abondance des macrocarnivores (espèces nobles recherchées : loup, mostelle, denti,…) dont certaines ne figurent que sur les inventaires réalisés dans la zone protégée.
  • Des abondances particulièrement significatives des " espèces cibles " visées par une ou plusieurs techniques de pêche, surtout si l'on considère la catégorie des gros individus.

    A titre d'exemple on trouve 4 fois plus de Sars (Sargus sp), toutes tailles confondues à l'intérieur de la réserve qu'à l'extérieur, et 14 fois plus si l'on ne considère que la catégorie des gros individus (cette espèce est touchée principalement par la pêche au filet, à la palangre, et par la chasse sous-marine).
    On trouve également 3 fois plus de serrans (Serranus cabrilla) et 26 fois plus dans la catégorie des gros individus (cette espèce est ciblée par la pêche amateur à la ligne). Les tailles moyennes du serran, mesurées au centimètre près, sont de 10,2 cm hors-réserve et de 16,9 cm à l'intérieur de celle-ci.

 

Suivi de la Zone Marine Protégée de Cap Couronne

Suivi des peuplement halieutiques de la réserve du CAP-COURONNE

- Rapport Final Bilan 1995 à 2004-

Au cours de l'été 1995, "l'état initial des peuplements " est réalisé dans le cadre d'un programme de suivi des peuplements de poissons de la réserve du Cap-Couronne. Un bilan à deux ans a été réalisé en 1998, bilan après cinq de protection effective en 2001 puis huit ans en 2004.C'est la première fois en France, pour ce qui concerne les réserves marines, qu'un suivi a pu demarrer avant la date de création de l'espace protégé. Le suivi est fondé sur deux approches, écologique et halieutique, complémentaires. Des dénombrements en plongée et des pêches expérimentales ont été pratiquées afin d'optimiser l'étude des peuplements de poissons et de quelques espèces de céphalopodes et de crustacés d'importance économique qui peuplent la zone.Résultats issus du Programme de suivi des peuplements ichtyologiques de la Richard Fouque du Cap-Couronne - Rapport Final Bilan 1995 à 2004 :

Les résultats obtenus par les dénombrements en plongée :

    1. - une restauration des compositions spécifiques, notamment avec la réapparition d’espèces nobles et une régularisation de la présence de ces espèces à partir de 2001 ;
    2. - une augmentation régulière des abondances en zone protégée entre 1995, 1998, 2001 et 2004 ;
    3. - des abondances plus importantes dans la réserve en 1998, le phénomène s’amplifiant en 2001 et en 2004, on assiste à un rééquilibrage des densités entre la zone protégée et non protégée ;
    4. - une amplification de l’augmentation de biomasse lorsque l’effet-réserve est conjugué aux récifs artificiels jusqu’en 2004, malgré une diminution de la biomasse de certaines espèces, à mettre en relation avec l’augmentation très importante de l’abondance de prédateurs comme les loups ;
    5. - un rééquilibrage des structures démographiques, avec une réapparition de la mortalité naturelle comme phénomène majeur de structuration des assemblages.

Les résultats obtenus par les pêches expérimentales standardisées :

    1. - Une augmentation des richesses spécifiques moyennes par unité d’effort entre 1995 et 2004 (de 4,4 à 7,4 espèces./U.E.),
    2. - Des captures et des poids moyens individuels en constante augmentation depuis 1995 dans la réserve marine (de 92 à 246 individus et de 110,7 à 216,4 g),
    3. - Des rendements très supérieurs dans la zone protégée par rapport aux zones périphériques (de 1077 à 4570 g/U.E.), liés notamment à l’abondance des rougets et des mostelles,
    4. - Les pêches à la ligne montrent également une amplification de l’augmentation de biomasse sur les biotopes naturels, avec une tendance à la stabilisation pour les stations R1 et R2 en 2004, due à la saturation de la technique de pêche.
    5. - Lorsque l’effet-réserve est conjugué aux récifs artificiels (station RA), la biomasse augmente rapidement, atteignant 100,7 kg en 2004, soit 671 g/m3 de récif. En 2004, l’installation permanente de loups (+ de 100 individus) et d’un congre a régulé l’évolution des autres espèces sur les récifs.


Loup (Dicentrarchus labrax)

Conclusions sur les bénéfices de la mise en réserve de la zone du Cap-Couronne :

Les deux méthodes d’évaluation utilisées montrent que l’abondance et la taille individuelle des poissons les plus recherchés sont toujours en nette augmentation, après huit années de protection. Le peuplement ichtyologique de la réserve est encore en phase de restauration, mais l’augmentation observée du nombre de gros géniteurs d’espèces à forte valeur commerciale et l’évolution de leur comportement permettent de prédire un accroissement du succès reproductif de leurs populations dans la réserve, au bénéficie de l’exploitation halieutique en périphérie (Jouvenel et al., 2004).

- Des indices précis sur les populations-cibles


Depuis 1995, les espèces-cibles étudiées en plongée et au moyen des pêches standardisées ont vu leurs abondances fortement augmenter. On note dans la réserve la présence d’espèces très recherchées comme le mérou, le loup et le denti. Après 8 années de mise en réserve, on observe une tendance à la stabilisation des abondances (comptages en plongée), alors que la biomasse des échantillonnages par pêche poursuit son augmentation en 2004, notamment pour les rougets et mostelles. Les proportions des gros individus au sein des populations ont aussi augmenté. Ces phénomènes sont validés par les tests statistiques (voir Partie II – Expertise). Les assemblages ichtyologiques sont de plus en plus complexes (richesse spécifique en constante augmentation) et évoluent dans leur structure de façon régulière dans le temps. Tout cela traduit la mise en place naturelle d’un écosystème plus riche qu’avant la mise sous protection de la zone.

- Des cycles naturels restaurés

L’arrêt des activités de pêche a ainsi pu permettre aux espèces de reprendre leur comportement naturel: elles recolonisent les eaux superficielles en saison chaude, certaines se répartissent de manière plus homogène au sein du biotope et certaines se sédentarisent toute l’année dans les eaux peu profondes. Ce phénomène s’accroît toujours après 8 années de mise en réserve, puisque entre 1995 et 2004, les richesses spécifiques moyennes sont en constante augmentation.
Les cycles naturels sont ainsi reconstitués et de nombreuses conséquences indirectes bénéfiques pour les peuplements accompagnent ce phénomène majeur.

- Un stock de géniteurs de plus en plus important

Dès 1998, après moins de 2 années de protection, les populations avaient commencé à croître en abondance et surtout en taille. La proportion de gros individus susceptibles de former des meilleurs géniteurs augmente. Les sex-ratios se rééquilibrent, ce qui favorise évidemment le succès reproductif. Jusqu’en 2001, la différence en nombre et en biomasse d’espèces-cibles entre la zone protégée et non protégée n’a cessé d’augmenter, même si en 2004, après 8 années de protection, cette progression semble s’atténuer. On assiste à un rééquilibrage des densités entre les zones protégées et non protégées, qui pourrait être le signe d’une exportation de biomasse vers l’extérieur de la réserve. Ce phénomène semble se vérifier à proximité des limites de la réserve, par l’augmentation des rendements de pêche hors de celle-ci depuis 1998.
Entre 1995 et 2004, la biomasse des pêches expérimentales dans la réserve a été multipliée par un facteur 9 et le poids moyen des poissons pêchés a été multiplié par 2, atteignant 216 g en 2004. Les rendements de pêche sont 4 fois plus élevés dans la réserve qu’à l’extérieur.

- Une poursuite de la colonisation et un retour progressif à un état d’équilibre naturel

Après 8 années de protection, le peuplement ichtyologique de la réserve du Cap-Couronne est en phase de restauration vers un nouvel équilibre, qui ne peut être qualifié d’ «état naturel » ou de « climax », dans le contexte d’exploitation généralisée des eaux côtières, mais en tout cas vers un équilibre plus avantageux, en terme de production de ressources halieutiques.
Néanmoins, la capacité d’accueil (« carrying capacity ») de la réserve ne semble pas atteinte, car même si les habitats rocheux de la réserve sont relativement limités en surface, mais aussi en complexité (car ils présentent généralement des reliefs peu importants, voisins de 1 à 1,5 m de
hauteur), on observe au cours des différents suivis une augmentation régulière des abondances et des biomasses des peuplements de poissons à affinité rocheuse. La réserve n’a donc vraisemblablement pas encore atteint son équilibre, correspondant à un niveau maximal de colonisation, fonction des ressources disponibles exploitées par chaque espèce (ressources trophiques et en habitats). Lorsque cet équilibre –théorique- sera atteint, les conséquences seraient alors une stabilisation durable des effectifs, liée à une saturation des ressources et également à une exportation de biomasse vers les zones périphériques.

Sur les récifs artificiels, la colonisation se poursuit également à long terme et les biomasses sont en constante augmentation. Elles atteignent en 2004 plus de 100 kg, contre 48 kg en 2001, 24 kg en 1998 et seulement 2 kg avant l’installation des récifs, qui s’avèrent être un milieu très productif. En 2004, la population des espèces prédatrices augmente en nombre (comme le loup) et en biomasse (cas du congre). Ces deux espèces, qui sont au sommet de la chaîne alimentaire, témoignent de la complexité trophique du milieu. La sédentarisation d’une population importante de loups autour des récifs (plus d’une centaine d’individus) est probablement à mettre en relation avec la diminution en 2004 de la biomasse de certaines espèces comme les petits sparidés, les barbiers, les petits labridés et les rascasses.
La sédentarisation d’une population importante de loups dans la réserve (plus de 2000 individus observés régulièrement toute l’année 2004) et autour des récifs mérite d’être soulignée. Ceci permet la reconstitution d’une zone de frayère et de grossissement pérenne de l’espèce.

- Perspectives vers un développement durable des activités de pêche et de gestion des ressources exploitées

Il est à noter que le projet de gestion intégrée des ressources exploitées de la Côte Bleue, développé depuis maintenant plus de 20 ans par le Parc Marin, sur la base d’une coopération originale entre les collectivités territoriales et les services de l’Etat, a reçu dès l’origine l’accord des pêcheurs et des organisations professionnelles de la pêche, qui ont d’ailleurs été à l’origine de la création de la réserve du Cap-Couronne. Depuis 1993, les Comités Locaux des Pêches Maritimes et les Prud’homies de Pêche de Marseille et de Martigues participent en direct à l’administration et à toutes les décisions prises par le Parc Marin de la Côte Bleue.
Sur plusieurs points, l’action menée depuis 2 décennies devant la Côte Bleue s’inscrit dans les orientations européennes nouvellement proposées dans le cadre de la réforme de la Politique Communes des Pêches (PCP) en Méditerranée :

  • Protection des habitats naturels (herbiers de Posidonie et substrats rocheux coralligènes), avec la préoccupation prioritaire de les soustraire aux filets remorqués ;
  • Promotion de la sélectivité des engins, et en particulier ceux utilisés par la petite pêche artisanale ;
  • Institution de zones protégées dans lesquelles les activités de pêche sont interdites ;
  • Pérennisation des réserves, afin de créer sur le long terme des zones de concentration d’adultes reproducteurs et de juvéniles ;
  • Mobilisation de moyens pour faire respecter l’interdiction de chalutage en zone côtière ;
  • Tentative des collectivités territoriales de s’engager, dans un contexte de forte pression anthropique, et au travers de différents dispositifs (Parc Marin, Conservatoire du Littoral, maîtrise de l’urbanisation,…), vers une gestion intégrée de la zone côtière ;

Ce résumé est tiré de
Jouvenel J. J.-Y., Bachet F., Charbonnel E. E., Daniel B., 2005 - Suivi des peuplements de poissons de la réserve marine du Cap Couronne. Bilan 1995-2004. P2A Développement / Parc Marin de la Côte Bleue., Fr. : 1-98.

Soutiens financiers

Direction Régionale de l’Environnement Provence-Alpes-Côte d’Azur ;
Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse ;
Conseil Général des Bouches-du-Rhône ;
Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

 


 

Suivi Côte Bleue

Sensibilité des espèces cibles de poissons à certaines formes
de pressions par pêche sur la Côte Bleue
Depuis l'agrandissement du Parc Marin à la commune de Martigues, il nous est apparut intéressant de mettre en place une étude nous donnant une vue d'ensemble des peuplements de poissons sur la Côte Bleue. Il s'agit aussi d'une continuité des travaux entrepris depuis 1990 sur " l'effet réserve " et reprenant un protocole déjà expérimenté au cours de l'été 1995.
L'idée sous-jacente de ces études, menées en 1999 et 2001-2002, est d'utiliser les poissons comme bio-indicateurs de la pression de pêche (en bateau, à pied et professionnelle) et de chasse sous-marine. Les deux réserves sont alors considérées comme des sites de références où cette pression est nulle.
L'objectif final est de proposer un protocole d'échantillonnage simple qui pourrait être utilisé régulièrement pour évaluer l'évolution des populations de poissons sur la Côte Bleue. Des collaborations étroites sont entretenues avec des scientifiques à ce sujet, en vu appliquer cette méthode à l'ensemble de la Méditerranée française.
Les résultats :
  • La présence d'espèces cibles est plus élevée dans les deux réserves. Ainsi sur la réserve de Carry vous avez 4 fois plus de chance de rencontrer un loup qu'à Méjean et 7 fois plus pour la dorade royale.
  • Les espèces cibles rencontrées sont plus nombreuses dans les réserves et diminuent au fur et à mesure que l'on s'en éloigne.
  • Ces résultats sont d'autant plus marqués lorsqu'ils concernent les grands individus. La présence des grands individus, donc, est un bon critère pour qualifier la pression de pêche.
  • Les données montrent que la réserve de Carry-le-Rouet continue d'évoluer.
  • Les résultats obtenus sur la réserve du Cap-Couronne sont moins remarquables que ceux de la réserve de Carry-le-Rouet. Mais après trois ans de protection, les résultats sont néanmoins éloquants, avec la présence régulière de gros individus.
  • Le test de présence absence est un test simple et sensible, qui montre que les poissons peuvent être de bons indicateurs de la pression de pêche et de chasse.



Cette étude à été réalisée avec la participation financière de l'Agence de l'Eau Rhône Méditerrannée Corse.

Suivis des récifs artificiels

Un premier suivi scientifique a été réalisé entre 1983 et 1985 sur les modules alvéolaires du site de Carry-le-rouet (BREGLIANO et al, 1985). Un second suivi scientifique a été réalisé entre 1985 et 1987, durant 15 mois sur les récifs du site de Sausset-les-Pins et durant 27 mois sur ceux de Carry (ODY, 1987). Après cette date, le programme d'aménagement s'est poursuivi et un nouveau suivi a été réalisé au cours de l'année 1993.

Ces différentes études ont montré que l'influence de la rugosité (complexité des aménagements) du récif était très importante. En effet, les densités et les richesses spécifiques du peuplement sont d'autant plus élevées que la rugosité du récif est importante.

Ces études ont confirmé l'intérêt de l'utilisation des récifs dans le cadre d'une gestion de l'espace littoral. Les immersions réalisées en France avaient deux objectifs principaux : un objectif halieutique et socio-économique (favoriser et mieux gérer la pêche côtière) et un objectif de protection (valorisation biologique et restauration d'un milieu appauvri).
Dans le cas des immersions de récifs par le Parc Marin de la Côte Bleue, ces deux objectifs sont traités de manière complémentaires et ont été atteints.

Les récifs artificiels peuvent donc servir à la fois de protection de l'ichtyofaune, mais peuvent également être exploités par la pêche, puisque les paramètres : richesse spécifique, densité et biomasse étaient restés stables ou avaient augmentés entre 1985 et 1993.

L'aménagement de la zone du Cap-Couronne a permis l'immersion de 150 m3 de module sabla de 1.7m3, à l'intérieur de la réserve. De 1995 à 1998, le site s'est enrichi de 10 nouvelles espèces dont 7 à haute valeur commerciale. Les biomasses estimées en plongée d'espèces présentes sur le site ont été multipliées par 13,4, celles résultant de pêches expérimentales à la ligne par 30.


Comptages sur les récifs de Sausset

Les Peuplements de poissons des récifs artificiels immergés dans le Parc Marin

Un suivi a été réalisé au cours de l'été 2000 sur 80% des aménagement en récifs artificiels de production immergés sur 5 sites.
Les objectifs de ce suivi sont d'étudier les variations des peuplements de poissons sur une échelle spatiale (19 sites) et temporelle (sur 24h en continu et sur leur évolution dans le temps : retour à 2 ; 7 et 13ans).

Variation spatiale

Ce suivi nous a permis de mieux comprendre les mécanismes influençant la distribution des poissons sur les récifs artificiels.
La richesse et l'abondance du peuplement dépendent avant tout du statut de protection du site.
Ainsi sur la Zone Marine Protégée de Carry le Rouet, l'effet réserve se traduit sur les récifs par une diversité spécifique totale, des densités et des biomasses supérieures aux 18 autres sites étudiés. De plus, le site montre une plus grande proportion d'espèces permanentes, ce qui traduit une fidélisation du peuplement de poissons.

Toutefois, la richesse de ces récifs immergés ne dépend pas uniquement du statut de protection, en effet, la profondeur d'immersion est la plus faible des sites suivis (15m contre 24-31 pour les autres sites) et le design du récif lui permet d'offrir des habitats nombreux et de tailles variées.
En second lieu, les facteurs influençant les peuplements sont : l'architecture et le design du récif, l'environnement naturel du récif, et la profondeur d'immersion ; il ressort également que chaque récif est un cas particulier, il existe en effet de fortes variations d'un récif à l'autre même lorsqu'il s'agit du même type de récif immergé sur le même site.

L'architecture et le design du récif :

Plus la structure sera complexe, et sa disponibilité en habitat importante, plus le récif sera riche. En effet la disponibilité en habitats offerts aux différentes espèces de poissons est un facteur déterminant pour la richesse du peuplement. Les assemblages chaotiques de modules cubiques de petits volumes montrent une richesse spécifique moyenne plus élevée que les grands modules Bonna de 158 m3.
La structure Bonna de 158 m3 est vaste et présente peu de cavité, ce qui peut expliquer la non-fidélisation des espèces et les faibles densités et biomasses rencontrées. Cependant, ces modules géants montrent un intérêt comme structure d'appel pour plusieurs espèces erratiques comme la Sériole, le Loup ou la Dorade et les Sars.

Au total, les modules cubiques en amas chaotiques de 50 à 100 m3 sont 1es récifs artificiels les plus performants étudiés séparément. Cependant, il semble judicieux de combiner l'utilisation de plusieurs types de modules. L'association de modules de volumes moyens (1 à 2 m3 ) avec des éléments de petites tailles (parpaings, blocs de roche, dalles…) permet la création d'un réseau cavitaire dense et complexe particulièrement intéressant pour les espèces benthiques ou necto-benthiques (Charbonnel et al. 2000). Le positionnement ensuite de quelques structures d'appel, modules de grande hauteur comme les modules Bonna 158 m3 permet d'attirer les espèces erratiques de pleine eau.


L'environnement naturel du récif :

L'environnement naturel du récif est également un facteur déterminant ; il va définir les espèces pouvant potentiellement être présentes sur le récif
De plus, le renouvellement en espèces (turn-over) est important sur les récifs artificiels. En effet, les récifs sont des systèmes ouverts où il existe de nombreux échanges et déplacements avec les zones naturelles adjacentes. Ces échanges sont d'autant plus fréquents pour les espèces comme les Sparidés du genre Diplodus (sars) mais aussi pour les espèces erratiques ou microphages se déplaçant en banc (sardines, anchois, bogues,…). Ainsi les récifs de la Côte Bleue les plus riches sont situés à proximité de Zones naturellement riches.

La profondeur du site :

Généralement, a faible profondeur, la richesse spécifique, les valeurs de densités et de biomasses sont supérieurs (Charbonnel et al. 2000) .


Variation temporelle

Variation du peuplement au cours d'un cycle de 24 heures

Pendant un cycle de 24h, il existe des fluctuations importantes du peuplement de poissons sur les deux récifs étudiés aussi bien en terme d'espèces qu'en terme d'abondance. La période situé autour de midi (maximum d'intensité lumineuse) est la période durant laquelle le nombre d'espèces ainsi que leur abondance est maximum sur le récif. C'est également la période d'activité maximale des poissons. La plupart des changements dans la composition spécifique du peuplement, c'est à dire l'apparition ou la disparition d'espèces, intervient à l'aube ou au crépuscule. Le nombre d'espèces total et moyen est d'ailleurs très similaire entre ces deux périodes charnières. L'intensité lumineuse est donc un facteur prépondérant expliquant les changements observés dans la composition spécifique des peuplements de poissons.

Evolution à moyen et long terme

Un récif récemment immergé se colonise rapidement, le nombre d'espèces et la densité des individus augmentent de façon importante durant les premières années. Ainsi au Cap Couronne, les richesses spécifiques totale et moyenne augmentent respectivement de 40 et 25 % alors que l'augmentation de la densité est moins rapide. D'autre part, la proportion d'espèces des espèces permanentes augmente de 1998 à 2000, ce qui traduit la fidélisation du peuplement de poissons, avec un effet de maturation. Néanmoins, en 2000, soit après quatre ans d'immersions, les récifs du Cap Couronne n'ont probablement pas atteint leur équilibre et il est vraisemblable que ce phénomène de maturation des peuplements se poursuive sur une longue période. En effet les récifs plus anciens de Sausset-les-Pins (immergés en 1985 et 1989), continuent d'évoluer à l'heure actuelle, puisqu'en 2000, les richesses spécifiques totales et moyennes augmentent toujours depuis le suivi de 1993 (de +14 à + 30 %). Ainsi un phénomène de " colonisation lente " est observée, cette notion de "colonisation lente" avait déjà été évoquée sur les récifs du Parc National de Port-Cros (Charbonnel et al., 2000) et a été mise en évidence sur la Côte Bleue sur une échelle temporelle plus importante (11 à 15 ans contre 8 ans à Port-Cros).

Les vitesses de colonisation en espèces d'un récif artificiel suivent un modèle logarithmique, avec une augmentation des richesses spécifiques totales et moyenne rapides les 4 premières années (augmentation de 20% par an pour la richesse moyenne et de 12,5 % par an pour le nombre moyen d'espèces). Puis le processus de colonisation se ralentit (augmentation des richesses spécifiques et totales de 2,5 à 4% en moyenne par an). Ce ralentissement correspond à une occupation permanente des niches écologiques et habitats disponibles. Ainsi les récifs semblent atteindre leur capacité de charge ou d'accueil (" carrying capacity ") à long terme.

Ce résumé est tiré de
CHARBONNEL E., RUITTON S., BACHET F., DE MAISONNEUVE L., DANIEL B., GEOFFRAY C., 2000. - Les peuplements de poissons des récifs artificiels du Parc Marin de la Côte Bleue. Suivi 2000 et évolution à moyen et long terme. Contrat Parc Marin de la Côte Bleue & GIS Posidonie publ. Fr. : 1-91.

Les références biblio sont citées sur la page Bibliographie du site.

Cette étude à été réalisée avec la participation financière de l'Agence de l'Eau Rhône Méditerrannée Corse.

 

Suivi des populations d'Oursins

Comptages d'oursins dans le quartier de MARTIGUES - Avril 2005

Au cours de la saison 1993-1994, la pêche professionnelle de l'oursin en scaphandre autonome a été autorisée dans le quartier de Martigues.

Afin d'avoir une idée de l'impact sur la ressource, et à la demande de l'administration des Affaires Maritimes et d'IFREMER, le Comité Local des Pêches Maritimes de Martigues est chargé d'une évaluation des densités d'oursins en début et en fin de saison de pêche. Le Parc Marin de la Côte Bleue est associé et sollicité depuis 1994 pour la réalisation pratique de cette opération.

Le choix des sites a été fait avec les pêcheurs professionnels concernés par l'exploitation de l'oursin.

Afin de matérialiser le transect, un pentadécamètre est déroulé sur 25 m. La base est située au niveau d'un corps-mort, et la direction donnée par un compas. Le plongeur parcourt ensuite le transect muni d'une plaquette fixée sur une baguette de 1 mètre, en comptant et notant les oursins présents sur cette largeur de 1 mètre, sans chercher au fond des cavités ou en retournant les blocs.
Deux classes de taille, "supérieure" et "inférieure" à 40 mm de diamètre de test sans les piquants, sont prises en compte.

AVRIL 2005 - CONCLUSION 22EME NOTE

Le nombre total d’oursins dénombré durant ce comptage est de 1241 individus, ce qui correspond à une moyenne générale de 4,1 ind/m² (Tableau 3). Si l’on excepte les mauvais résultats des comptages issus de l’épisode de canicule de 2003, ces chiffres sont les plus faibles observés depuis 6 ans.

Si l’on fait abstraction du site du Verdon, dont les valeurs de densité élevées pourraient influencer nos conclusions, on s’aperçoit que la densité moyenne obtenue est similaire à celle d’avril 2003, voire supérieure à ce comptage qui précédait la canicule (Tableau 4). Les fortes variations de la densité totale entre la fin et le début de la saison de pêche constatées en 2001 et 2002 ne sont plus observées depuis 2 ans.

Si on met de côté le site du Verdon, la baisse mesurée entre septembre et avril 2005 est essentiellement due aux oursins de la classe de taille inférieure à 40 mm (Tableau 4). Le nombre total de petits oursins a chuté de 124 individus, mais est comparable à avril 2004 (soit 258 et 254 petits oursins).
Le nombre de gros oursins baisse faiblement par rapport à septembre 2004, soit 537 individus dénombrés contre 562 (Tableau 4).

Sur trois des sites suivis on observe une baisse de la densité des gros et des petits oursins. Il s’agit des sites de pointe Philippe, des Arnettes et de pointe Noire. Sur les 3 autres sites les situations sont toutes différentes. Ainsi, sur le site du Miou la densité de gros oursins augmente de façon significative et la densité de petits oursins baisse. Sur le site du Verdon la baisse de la densité de gros oursins est forte et la densité de petits oursins stagne. Enfin sur le site de l’Aragnon les densités n’ont pas évolué depuis les trois derniers comptages.

Pointe Philippe, Arnettes et dans une moindre mesure le Verdon demeurent à des niveaux assez bas par rapport aux moyennes observées jusqu’à 2002. Il est difficile de faire la part de ce qui est dû aux prélèvements par pêche et de ce qui est attribuable à l’épisode anormal de 2003. Contrairement aux autres sites où les valeurs semblent avoir retrouvé des niveaux normaux ou moyens, les densités sur ces trois sites sont encore faibles. La restauration des peuplements d’oursins comestible, sur ces zones, sera à suivre avec attention.

Bien qu’il y ait une forte baisse entre septembre 2004 et avril 2005, les trois derniers comptages laissent supposer une récupération très lente du peuplement d’oursins après la mortalité important observée lors de l’été 2003.

Remarques :

Il est nécessaire de rappeler une nouvelle fois que ces opérations ne constituent qu’une évaluation de densités sur transects permanents. Il faut en effet garder à l’esprit que cette évaluation ne porte en tout et pour tout que sur 300m² répartis sur 6 sites. La faiblesse de la surface inventoriée, en regard de la surface exploitée, fait que l’on ne peut avoir une vision globale et totale des phénomènes. Ce comptage permet simplement d’obtenir une photographie, une tendance de la situation. Une évaluation du stock d’oursins dans le quartier maritime de Martigues demanderait des moyens beaucoup plus importants, compte- tenu de l’étendue de la zone exploitée, de la variété des fonds et des caractéristiques biologiques de l’oursin comestible.

Evolution des densites

Tableau 1 : Evolution des densités moyennes d’oursins (ind/m²) dénombrés selon deux classes de tailles (gros > 40 mm, petits < 40 mm) sur le Quartier Maritime de Martigues

 

 

Suivi de l'herbier de posidonie

Balisage de l'herbier de la calanque du CAP-ROUSSET


L'herbier de Posidonie du Cap Rousset est l'un des seuls herbiers sub-affleurant des Bouches du Rhône, d'où la mise en place en 1996 d'un protocole de suivi annuel. Cette calanque se situe au centre de la zone marine protégée de Carry-le-Rouet, et se caractérise par une petite plage semi-naturelle à forte fréquentation durant la période estivale. Une dizaine de balises reparties dans la calanque permettent ce suivi.
Pour chacune des balises, des mesures exactes ainsi que des dessins généraux localisant et repositionnant l'herbier autour des balises sont réalisés.


Herbier de posidonie, Posidonia oceanica

QUATRIEME RETOUR : SEPTEMBRE 2001

Sur l'ensemble des sites suivis, l'herbier présente une vitalité faible avec un seul site en progression et cinq autres en stabilité. Sur les trois derniers sites, l'herbier régresse. Cette régression est surtout marquée dans les zones peu profondes puisque l'herbier présente une régression sur plusieurs années Pour le reste des sites, la tendance est à la stabilité même si certaines années une régression ou une progression est observée. Les sites les plus affleurants semblent donc les plus vulnérables et prennent, à l'exemple du site n°1 ou 3 une dynamique régressive marquée.
Cependant l'augmentation de la densité cette année est un facteur qui pourrait traduire à une amélioration de la vitalité de l'herbier.


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